Étymologie

  • Barbarea : Ce nom générique provient du latin barbara, qui signifie "étrangère" ou "barbare". Il pourrait être en référence à l'usage de la plante dans les régions où elle était moins connue, ou encore à une confusion avec d'autres plantes similaires.
  • Vulgaris : Ce terme est dérivé du latin vulgaris, qui signifie "commun" ou "ordinaire". Cela reflète le fait que cette plante est relativement courante et largement répandue dans son habitat naturel.

Symbologie

La symbolique associée à Barbarea vulgaris varie selon les cultures et les contextes :

  • Renaissance et régénération : Certaines plantes de la famille des Brassicaceae, dont la barbarée, ont été symboliquement associées à la renaissance ou à la régénération. En raison de leur croissance rapide et de leur capacité à se répandre facilement, ces plantes symbolisent la vitalité et l'adaptabilité.
  • Médicinalité : La barbarée a également une symbolique liée à la guérison et à la médecine populaire. On lui attribue traditionnellement des propriétés médicinales, notamment comme tonique et diurétique.

Histoire et Utilisations

La barbarée vulgaire a une longue histoire d’utilisation en phytothérapie et en cuisine :

  • Utilisation médicinale : Tout comme d'autres membres de la famille des crucifères, la barbarée a été utilisée pour traiter diverses affections, notamment les troubles digestifs et comme un agent diurétique. On a parfois employé ses racines et ses feuilles dans des décoctions pour leurs propriétés médicinales. Cependant, son usage est aujourd'hui moins courant, bien qu'elle fasse partie de certaines herbes traditionnelles utilisées en médecine populaire.
  • Cuisine : Bien que son utilisation culinaire ne soit pas aussi répandue que celle de certaines autres plantes comestibles, les jeunes feuilles de Barbarea vulgaris peuvent être utilisées dans les salades ou comme légumes cuits, car elles ont un goût légèrement piquant, semblable à celui de la moutarde.
  • Répandue dans les champs : Historiquement, la barbarée est une plante pionnière qui colonise facilement des sols perturbés, ce qui fait d'elle une plante commune dans les champs et le long des routes. Sa présence peut signaler un sol qui a été récemment perturbé ou dégradé.
  • Légendes populaires : Dans certaines traditions folkloriques, la barbarée est parfois considérée comme une plante qui apporte protection ou chance, en particulier pour les personnes travaillant la terre.
La Barbarea vulgaris doit son nom de « herbe de sainte barbe » à un mélange de traditions liées au calendrier liturgique et à ses vertus médicinales protectrices pour certains corps de métiers.
Voici les raisons précises identifiées dans les sources :
  • Le calendrier hivernal : La fête de sainte Barbe est célébrée le 4 décembre. C'est une période de l'année où cette plante se distingue particulièrement, car elle reste l'une des rares sources de verdure comestible et vivante au cœur de l'hiver, même par des températures atteignant -20°C. Elle était donc récoltée et consommée précisément au moment de la fête de la sainte.
  • La protection des artilleurs et des pompiers : Sainte Barbe est la patronne des militaires, des pompiers et surtout des artilleurs. La plante a été associée à cette sainte car elle était traditionnellement utilisée pour soigner les blessures liées au feu.
  • Un baume vulnéraire spécifique : On l'utilisait pour préparer un baume apaisant destiné aux artilleurs qui se brûlaient en manipulant leurs pièces d'artillerie3. Elle est d'ailleurs considérée comme l'emblème des artilleurs.
  • Soin des blessures et contusions : Au-delà des brûlures, elle est réputée pour soigner les contusions et les plaies (coupures et écorchures), agissant comme un désinfectant naturel grâce à ses huiles de moutarde.
L'herbe de sainte barbe est comme une sentinelle de l'hiver : fidèle à sa patronne, elle monte la garde dans le froid pour offrir sa protection et ses soins au moment où la nature semble la plus hostile.
 
Les Vikings emportaient la barbarée commune (Barbarea vulgaris) sur leurs navires principalement pour deux raisons vitales lors de leurs longues expéditions : la prévention d'une maladie mortelle et le soin des blessures en mer.
Voici les détails de ces usages stratégiques :
 
La lutte contre le scorbut

Le scorbut était une maladie dévastatrice pour les marins, provoquant la perte des dents et empêchant la cicatrisation des plaies. Les capitaines vikings, bien qu'ils n'aient pas eu connaissance des molécules, avaient compris que cette plante les maintenait en bonne santé.

  • Richesse exceptionnelle en Vitamine C : Les feuilles de barbarée contiennent jusqu'à 150 mg de vitamine C pour 100 g, soit presque trois fois plus que les oranges.
  • Disponibilité hivernale : Contrairement à d'autres végétaux, la barbarée continue de pousser même en novembre et résiste à des gels allant jusqu'à -20°C. Cela permettait aux Vikings de récolter du vert frais juste avant ou pendant leurs voyages dans les eaux glacées.
Un désinfectant naturel pour les blessures

Sur les navires de guerre (langskips), les coupures et écorchures s'infectaient facilement, ce qui pouvait être fatal.

  • Propriétés antiseptiques : La plante contient des glucosinolates (huiles de moutarde) qui possèdent des vertus désinfectantes et antibactériennes.
  • Usage en cataplasme : Les Vikings écrasaient les feuilles fraîches pour les appliquer directement sur les plaies afin d'empêcher les infections. Cette capacité à agir comme un baume vulnéraire était cruciale pour la survie de l'équipage.
Apports nutritionnels pour la survie

Au-delà de la vitamine C, la barbarée offrait d'autres nutriments essentiels pour des hommes soumis à des conditions extrêmes :

  • Vision et immunité : Elle est extrêmement riche en vitamine A (sous forme de bêta-carotène), en contenant même davantage que les carottes. Cette vitamine est indispensable pour la vision, la santé de la peau et le renforcement du système immunitaire face aux infections.
  • Stockage intentionnel : Des découvertes archéobotaniques dans des colonies vikings (en Islande, au Groenland et jusqu'à Terre-Neuve) ont révélé la présence de graines de barbarée à côté des céréales, prouvant qu'il s'agissait d'une mise en réserve consciente pour leurs voyages.

Pour les Vikings, la barbarée était comme une « pharmacie de secours » vivante : elle servait à la fois de bouclier interne contre les carences et de trousse de premiers soins externe pour soigner les blessures de combat ou de mer.

Source : Barbarea vulgaris – Wächst in Ihrem Garten und heilt seit 1000 Jahren

Propriétés gustatives

Le profil aromatique de la barbarée est marqué par sa parenté avec les choux et la moutarde.
  • Saveur : Elle possède un goût légèrement piquant et poivré, rappelant le cresson ou la roquette, avec une odeur soufrée caractéristique lorsqu'on froisse ses feuilles. Elle présente également une amertume prononcée, surtout chez les spécimens plus âgés.
  • Parties consommées :
    • Les feuilles : Les jeunes feuilles de la rosette hivernale sont les meilleures car elles sont plus tendres et moins amères. Elles peuvent être mangées crues en salade ou cuites à la manière des épinards, sautées au beurre avec de l'ail.
    • Les boutons floraux : Avant l'éclosion, les grappes de boutons ressemblent à de petits brocolis ou des rapinis et sont considérées comme délicieuses une fois cuites à la vapeur ou sautées.
    • Préparations : On peut l'intégrer dans des soupes (avec des pommes de terre et de la crème), des pestos ou même la préparer en lacto-fermentation. Pour atténuer l'amertume des feuilles plus matures, il est conseillé de les blanchir ou de les cuire à la vapeur.

Propriétés médicinales

La barbarée est surnommée la « médecine oubliée de la glace » en raison de sa résistance au gel et de sa richesse nutritive hivernale.

  • Richesse nutritionnelle : Elle contient jusqu'à 150 mg de vitamine C pour 100 g, soit trois fois plus que les oranges, ce qui en faisait un remède historique contre le scorbut pour les Vikings et dans les monastères médiévaux. Elle est également très riche en vitamine A (plus que les carottes), ainsi qu'en fer, calcium et magnésium.
  • Usage interne (Digestion et Respiration) : Ses principes amers stimulent les sucs gastriques et favorisent la digestion, tandis que ses vertus dépuratives aident au nettoyage du côlon et des reins. En infusion, elle agit comme un expectorant efficace contre la toux et la bronchite.
  • Usage externe (Cicatrisation) : Elle est qualifiée de baume vulnéraire. Ses feuilles écrasées ont des propriétés désinfectantes et antibactériennes grâce aux glucosinolates (huiles de moutarde) qu'elles contiennent. Elle était traditionnellement utilisée pour soigner les coupures, les écorchures et les brûlures, notamment celles des artilleurs, dont sainte Barbe est la patronne.
  • Recette de la pommade : Nos ancêtres fabriquaient une salbe (pommade) en faisant infuser des feuilles hachées dans de la matière grasse (beurre ou saindoux) avec de la cire d'abeille pendant deux heures à basse température pour traiter l'eczéma et les plaies.
Précautions d'emploi
 
Bien que bénéfique, la barbarée doit être consommée avec modération. Les huiles de moutarde peuvent irriter les estomacs sensibles en cas d'excès. Il est également recommandé aux femmes enceintes de ne consommer que de petites quantités, car ces mêmes huiles pourraient stimuler l'utérus. Enfin, une consultation médicale est conseillée pour les personnes souffrant de troubles rénaux avant toute utilisation thérapeutique.
 
Remèdes et préparations :
Pour fabriquer la pommade médicinale traditionnelle à base de barbarée commune (Barbarea vulgaris), telle qu'elle était préparée par nos grands-mères pour soigner les plaies et l'eczéma, il convient de suivre un protocole précis afin de préserver les principes actifs de la plante.
Ingrédients nécessaires :
  • Deux poignées de feuilles de barbarée fraîches (pour cet usage, des feuilles un peu plus âgées conviennent car leur concentration en principes actifs est plus élevée).
  • 100 g de matière grasse : du beurre non salé ou du saindoux (graisse de porc).
  • 10 g de cire d'abeille.
Étapes de préparation : 
  1. Préparation de la plante : Lavez soigneusement les feuilles, épongez-les pour les sécher, puis hachez-les très finement.
  2. Fusion : Faites fondre le beurre ou le saindoux dans une petite casserole à feu doux.
  3. Macération à chaud : Ajoutez les feuilles hachées à la matière grasse fondue. Laissez infuser le mélange à une température très basse (ne dépassant jamais 60 °C) pendant 2 heures. Il est crucial de ne pas surchauffer pour ne pas détruire les principes actifs. Remuez de temps en temps.
  4. Filtration : Après deux heures, pressez le mélange à travers un tamis fin ou un linge en mousseline pour récupérer l'extrait de graisse bien vert.
  5. Finalisation : Remettez l'extrait de graisse dans la casserole, ajoutez la cire d'abeille et laissez-la fondre en remuant bien le tout.
  6. Conditionnement : Versez la pommade liquide dans de petits bocaux propres. Laissez refroidir jusqu'à ce que la préparation se solidifie, puis refermez les pots.
Conservation et utilisation
  • Conservation : Cette pommade se conserve environ 3 mois au réfrigérateur.
  • Usage : Elle s'applique en couche mince sur les zones affectées (coupures, écorchures, peau gercée ou eczéma). Pour les blessures, attendez que le saignement soit arrêté avant l'application.Elle agit comme un désinfectant et favorise la cicatrisation rapide grâce aux huiles de moutarde qu'elle contient.
Précautions : Il est recommandé de tester la pommade sur une petite zone de peau avant une utilisation étendue pour vérifier la tolérance cutanée.
Cette pommade peut être vue comme un "pansement liquide" venu du froid : elle capture la force de résistance de la plante hivernale pour la transférer directement sur la peau, créant ainsi un bouclier protecteur et réparateur contre les agressions extérieures.

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