Étymologie

  • Isatis vient du grec ancien ἰσάτις (isatis), qui désignait déjà cette plante chez les auteurs grecs (Dioscoride, Pline), probablement dérivé de ἰσάω (isaō, « égaliser » ou « rendre lisse »), en référence à l’usage médicinal de ses feuilles pour apaiser la peau.
  • Tinctoria est issu du latin tinctorius (« servant à teindre »), du verbe tingere (« tremper, teindre »).

Noms vernaculaires :

  • Français : pastel des teinturiers, guède, waide (Picardie), vouède, pastel.
  • Anglais : woad.
  • Allemand : Färberwaid.
  • Italien : guado, gualdo.

Symbologie

  • Couleur bleue : Le pastel est associé au bleu profond qu’il produit après fermentation. Cette couleur, rare dans les teintures antiques, a longtemps été symbole :
    • de richesse et prestige (textiles nobles),
    • de pureté et fidélité (notamment au Moyen Âge),
    • de protection (les guerriers celtes se peignaient le corps en bleu, selon certains auteurs antiques, pour effrayer l’ennemi — bien que cela relève probablement autant du mythe que de la réalité).
  • Alchimie et mystique : Dans certaines traditions médiévales, le bleu pastel était associé à l’élément air et à la sphère céleste.

Les pigments bleus avaient aussi un rôle spirituel dans l’iconographie chrétienne : le manteau bleu de la Vierge, symbole de protection, était parfois teint au pastel avant l’arrivée de l’indigo.

  • Identité régionale : Dans le Sud-Ouest de la France, le pastel est devenu un emblème historique de prospérité (notamment dans le « Pays de Cocagne »).

Histoire

  • Antiquité
    • Originaire probablement de la région méditerranéenne à l’Asie centrale, le pastel est connu depuis l’Antiquité.
    • Les Égyptiens l’utilisaient pour teindre tissus et toiles funéraires.
    • Les Celtes et Britons auraient utilisé une pâte bleue extraite de la plante pour se peindre la peau avant les batailles (mentionnée par Jules César dans De Bello Gallico, mais probablement exagérée).
  • Moyen Âge et Renaissance
    • Le pastel devient l’une des principales plantes tinctoriales en Europe.
    • Au XIIIᵉ siècle, la culture se développe fortement en France, notamment en Picardie et dans le Languedoc.
    • Aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, l’apogée économique : le « triangle du pastel » Toulouse–Albi–Carcassonne s’enrichit grâce à ce commerce. Le pigment est exporté dans toute l’Europe.
    • Le terme « Pays de Cocagne » vient des fortunes engendrées par cette culture. La « cocagne » désigne les boules de pâte de pastel séchée servant au commerce.
  • Déclin
    • À partir du XVIIᵉ siècle, le pastel est supplanté par l’indigo importé des colonies, beaucoup plus concentré en pigment bleu.
    • Au XIXᵉ siècle, avec l’essor des colorants chimiques, le pastel disparaît presque totalement de la production.
  • Redécouverte contemporaine
    • Depuis la fin du XXᵉ siècle, intérêt renouvelé pour le pastel en tant que colorant naturel (textile, cosmétique).
    • Cultivé de nouveau dans certaines régions (Toulouse, Gers, Ariège) pour l’artisanat et le tourisme.

Bibliographie

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